Psychothérapeute, Psychanalyste, Hypnose à Paris 9
Evelyne Ridnik

N° Adeli : 75 93 08976

Les addictions

Définition

Le terme d’addiction, employé aujourd’hui couramment, désigne une répétition d’actes supposés provoquer du plaisir mais créant une dépendance extrême (soit à un objet matériel ou à un comportement). Le dépendant ne supporte pas la frustration, ce qui l’entraine dans une recherche de jouissance immédiate au travers de l’objet addictif qu’il consomme avec avidité.

En équivalence à addiction, l’on peut parler de dépendance ou de toxicomanie. Il est intéressant d’en noter que l’étymologie latine, ad-dicere « dit-à » exprime une appartenance au terme d’esclavage.

Il est d’usage de distinguer les addictions avec drogues de celles sans drogues (appelées addictions comportementales).

Parmi les addictions avec drogues, nous trouvons le tabac, l’alcool, les médicaments… et parmi les drogues illicites : la cocaïne, l’ecstasy, l’héroïne… ou les substances dopantes telles que les amphétamines.

Parmi les drogues comportementales, nous comptons le jeu pathologique, l’addiction au travail, les achats compulsifs, les cyberaddictions, l’addiction au portable, les addictions au sport, la sexualité compulsive, la boulimie et l’ivresse de la métamorphose (telle que le chirurgie esthétique, les percings, tatouages)… La liste des addictions n’est pas exhausive.

Processus de la pathologie addictive :

La pathologie addictive touche particulièrement les jeunes et se développe au travers du numérique, de l’audiovisuel, des nouvelles technologies ou de la publicité qui créait le désir.

Ainsi, internet permet l’accès facile à la pratique des jeux et à ses dépendances, aux sites pornographiques ou de rencontres, aux achats en ligne livrés à domicile, aux drogues chimiques…

Il leur est possible de tout obtenir en un clic et de répondre à leurs besoins sans attendre: il suffit de se connecter pour combler l’angoisse du manque et accéder à la jouissance immédiate. Cependant, tenter d’échapper à la réalité en entrant dans un monde de leurres provoque des frustrations. Ces substituts ne suffisant pas à emplir un vide interne, ils sont conduits à la répétition et à l’addiction.

Nombreux sont ceux ou celles qui multiplient les achats inutiles, dépassent leurs possibilités financières et s’endettent.

Quant au cybernaute présentant un comportement addictif sexuel, l’univers sans barrage et sans limites d’internet, lui offre le choix et la possibilité d’accéder à ses fantasmes les plus intimes alors que l’objet du désir inconscient est absent et que le vrai rapport avec autrui est banni, à moins que l’autre ne représente véritablement un alter ego, son semblable.. Ainsi se confondent l’espace du réel et celui de l’imaginaire. Cependant le manque (marque d’un deuil impossible ou d’une absence omniprésente) n’est pas le signe du désir.

Il est difficile de qualifier un comportement sexuel comme pathologique, mais l’on peut considérer qu’une personne qui se connecte plus plus de trois ou quatre heures par jour sur des sites à connotation sexuelle est dépendante.

Envie ou besoin ?

C’est le comportement de compulsion qui défini l’addiction et les compulsions sont un besoinde faire ou d’obtenir un produit (ou un comportement), au delà de la volonté de la personne qui en souffre. La compulsion à répéter soulage temporairement en mettant fin à l’anxiété suscitée par le manque mais elle ne suffit pas à satisfaire, ce qui décourage, dégoûte et fait souffrir la personne concernée. Pourtant même si elle essaie de résister, elle n’y arrive pas : le besoin s’impose en elle comme une force incontrôlable.

Quel est le manque originaire, l’objet fondamental du désir qui pousse à l’addiction?

Valentin Nusinovici, psychiatre, psychanalyste écrit :

« Freud est d’abord un scientifique qui étudie la machine corporelle. Dans l’Esquisse d’une psychologie scientifique, en 1895, il met en place un appareil psychique qui doit travailler à satisfaire les besoins de l’organisme. Il a l’originalité de présenter cet appareil comme troué ; troué parce que rien ne peut être remémoré du premier autre – qu’il nomme la chose - qui a permis cette satisfaction des besoins et qui est devenue pour cette raison le premier objet de désir. La chose est effacée, il ne reste que les traces mnésiques qui la bornent. Lacan dira les signifiants. Ce trou, ce réel, est le lieu du refoulement originaire, le lieu du sujet inconscient, le lieu de l’énonciation. Ce « trouage » concerne aussi bien le corps que le sujet : il divise le sujet entre conscient et inconscient et il limite la jouissance du corps, la chose étant désormais inatteignable».

L’addiction pose la question de la relation à l’objet maternel et de sa difficile intériorisation.

Nous avons dans nos pratiques cliniques, maints exemples de patients engloutis dans une passion dévorante, enfermé dans une habitude obsédante, dans une passion amoureuse destructrice, des accès boulimiques nocifs…

Derrière ces besoins destructeurs se cache une blessure fondamentale et un vide interne. Ce peut-être une blessure liée à un abandon, un rejet, une non- reconnaissance, une souffrance dont ils s’efforcent de s’éloigner pour mieux s’en protéger. Ils ont un besoin affectif.

Les dangers de l’addiction :

Il est évident que la prise de produits met en danger la santé et la sécurité de la personne. Elle créait une perte de l’attention, de la vigilance et sont à l’origine de nombreux accidents du travail ou autres. Non seulement la personne se met en danger mais elle peut également créer des risques dans son entourage.

Comme nous l’avons vu, la société d’aujourd’hui offre la possibilité de consommer facilement, de jouir pleinement, voir prendre des risques. La recherche nouvelles sensations peut mener vers des extrêmes, comme la question des conduites ordaliques. Ce terme désigne « le jugement de Dieu », c’est à dire qu’un sujet s’engage, de façon plus ou moins répétitive dans des conduites comprenant des risques mortels. Ce peut être remonter une autoroute à l’envers ou conduire à toute allure sous l’emprise de l’alcool… C’est comme une épreuve dont l’issue ne doit pas être prévisible et qui se distingue du suicide ou du simulacre. Ce fantasme ordalique permet de s’en remettre à Dieu, au hasard du destin et se prouver par sa survie son droit à la vie, ou même son immortalité. Ce jeu avec la mort représente une démarche magique, irrationnelle.

Un sujet « addict », essaie par la répétition compulsive de calmer un état de tension par la consommation directe de l’objet censé satisfaire le besoin. Dans ce cas, la conduite addictive ne passe pas par la relation à un autre ni par une élaboration psychique préalable. Il n’a pas le recul nécessaire, il est emprisonné dans un processus qui lui échappe. Souvent même il est polyaddict, il recoupe diverses addictions en passant de l’une à l’autre: ainsi le toxicomane peut devenir joueur, boulimique, acheteur compulsif ou alcoolique…

La fin du 19e siècle, époque de la naissance de la psychanalyse, s’éveille une nouvelle façon d’aborder le psychisme humain. Freud s’intéresse aux névroses et particulièrement à l’hystérie qui devient la forme exemplaire d’un trouble dû à un excès de refoulement, de retenue, de manque de satisfaction libidinale. Les nouvelles formes pathologiques, dans notre société de consommation, telles que les toxicomanies ou addictions de toutes sortes pourraient être vues comme l’opposé de ces névroses par refoulement ou inhibition. Elles sont au contraire, au moins dans leur représentation dominante, liées à un manque de retenue, à la recherche du plaisir immédiat, au recours à l’action : ce sont « des pathologies du trop agir ».

C’est Freud dans sa correspondance à Fliess qui utilise le premier le terme de dépendance comme substitut à une insatisfaction sexuelle. Il fait le lien avec la masturbation, besoin primitif auquel se sont substitué d’autres appétits tels que les besoins d’alcool, de morphine, de tabac qui ne sont que des produits de remplacements.

Pour Lacan, la nostalgie du sein n’est possible qu’à travers le remaniement dans le complexe d’oedipe. Perte sans objet, le sevrage n’est pas un traumatisme biologique mais une séparation qui fait exister l’objet. Si cette perte n’a pas lieu, c’est à dire si le couple absence/présence n’est pas mis en place, la figure maternelle prend un caractère mortifère, « dont témoignent les troubles comme l’anorexie et les empoisonnements de certaines toxicomanies de la bouche».

D’autre part, à la question de développement de l’individu relatif à la satisfaction des besoins et à son intrication avec la pulsion sexuelle, s’ajoute la destructivité. Freud dans la deuxième topique a tenté d’élucider la compulsion de répétition comme une manifestation de la pulsion de mort.

Il est à noter que selon certains auteurs, la théorisation de la psychanalyse est née de l’addiction : Freud est d’abord dépendant à la cocaïne puis au tabac. A la fois impérieux et menaçant, le cigare était un auxiliaire indispensable à sa réflexion. Dans les différents écrits, nous trouvons peu de références directes aux addictions de Freud, ces documents ayant disparus… le sujet restant tabou.

Quand apparaissent les conduites addictives ?

Ces conduites addictives apparaissent au début de l’adolescence, moment de la résurgence de l’enfance, des différentes stades de l’évolution psychique telle que l’Oedipe. L’addiction s’inscrit comme un rite initiatique avant le passage vers la vie adulte.

Il est à noté également un phénomène de mode où les adolescents souvent seuls le soir (les parents travaillent de plus en plus), s’installent devant la télévision, devant leur console vidéo, adoptent des animaux virtuels, se branchent sur internet et surfent sur le web au risque que cela ne devienne une addiction.

Une autre hypothèse est donnée par François Marty qui associe l’addiction au virtuel chez les adolescents, aux transformations pubertaires : le nouveau corps devient corps génital. La disparition du corps de l’enfant nécessite de nouvelles expérimentations lui permettant de se repérer dans son identité. « son investissement au virtuel s’inscrit dans une quête de sens pour une corporéité nouvelle ». Il note le contraste entre la maladresse corporelle de l’adolescent, dû à un corps trop grand et l’habilité du jeu. L’adolescent tente de maîtriser les images virtuelles à défaut de maîtriser l’image de son corps : il fait corps avec l’image. Les jeunes explorent des sensations de vitesse, de puissance, de destructivité, de rivalité, adaptent de nouveaux réflexes, inventent de nouvelles parades physiques, psychomotrices et psychologiques. Le virtuel qui ouvre une voie de passage vers un corps adulte entraîne aussi un risque de dépendance à l’objet de transformation.

D’autres jeunes encore s’adonnent à la téléphonomania. Les communications téléphoniques répétées ou interminables tentent d’annuler l’angoisse de séparation en « restant en lien ».

De la même façon, d’autres s’enferment dans des addictions à la drogue ou à l’alcool. Ces toxicomanies seraient un moyen désinhibiteur de l’action dans une quête du mieux-être et de la performance individuelle. C’est ce que l’on retrouve dans l’ excès d’alcool ou de shit (ou autre), dans un but festif en fin de semaine.

Pour conclure : nous trouvons chez l’adolescent addict, des compulsions avec des obsessions concernant l’objet ou la conduite addictive, un sentiment de manque ou de vide, une impulsivité précédant le recours à l’objet addictif, la substitution d’une dépendance à l’objet maternel par une dépendance à un produit, parfois un vécu de dépersonnalisation (comme une sorte d’état second hypnotique) suivi d’un sentiment honte mêlé à de la culpabilité.

L’addiction à un produit peut entrainer une état dépressif et une lutte contre cette dépression.

Lors de périodes de sevrage, l’on constate des troubles somatiques.

A cette liste s’ajoute une dimension transgressive et une recherche de Loi.


Articles similaires

Derniers articles publiés

Catégories

Mots clés